Allégories cérébrales : Les neurones artistes de Téoua.
Téoua s’assume comme une exploratrice du cerveau humain. Révéler l’infiniment petit et l’infiniment grand qu’est notre cortex cérébral est sa quête. Ce n’est pas un « Voyage au Centre de la Terre » (Jules Verne, 1864), auquel elle nous invite, mais un voyage au cœur du cerveau. Un univers à lui tout seul.
Elle conjugue son langage artistique à tous les temps : depuis l’ombre clairvoyante de l’arbre du passé, elle grimpe dans les branches des sciences pour tester les outils du futur. Sciences humaines, avec la psychologie et la psychanalyse. Biologiques, avec la neurologie et ses déclinaisons.
« L’œuvre, dans un même mouvement, révèle et voile le Réel, laissant pressentir qu’un autre type de rapport à cet indomptable est envisageable : là où le symptôme suture, l’art fait rupture et dans le meilleur des cas ouverture » (Frédéric Vinot, Jean-Michel Vivès, 2014).
Téoua, elle, parle de neurones artistes et souhaite explorer plus loin cette « ouverture ». Elle croit que sa technique s’appuyant en conscience à la fois sur ses connexions neuronales et son psychisme, ouvre cette autre voie. Pour étayer cette croyance, Téoua s’appuie sur des textes scientifiques transdisciplinaires [1], ses formations[2], les recherches cliniques en médiations artistiques, thérapeutiques[3] et le mouvement d’art immersif et interactif[4].
À travers son travail, elle montre la traduction artistique simultanée d’une cartographie du cortex cérébral. Ce jeu entre Téoua et son cerveau provoque un état second, une forme de transe. Quelle que soit l’émotion qui a déclenché son désir de peindre, tristesse, peur, dégoût, colère, la jouissance que Téoua en retire, fait dominer l’émotion de la joie.
La vitesse d’exécution lui est imposée par les synapses, eux-mêmes régulés par les neurotransmetteurs. Le fait d’engager ce dialogue avec son cerveau avec une intention artistique oblige celui-ci à dévoiler son activité instantanément.
Sur le rythme de la musique, des traces sinusoïdales se dessinent en symétrie sous nos yeux, exploitant une colorimétrie dans toutes ses nuances. L’œuvre achevée présente des arborisations qui rappellent des vitraux par les motifs, les couleurs et la lumière qui s’en dégagent. Les couleurs choisies spontanément font écho d’après elle à nos émotions.
Pour réaliser ses œuvres, elle s’appuie sur la peinture numérique, la musique et la danse lors de performances filmées. La mise en mouvement démultiplie les fonctions cognitives que doit gérer son cerveau avec lequel elle écrit une partition improvisée, qui fait œuvre.
A ses yeux, on a franchi « un mur du son » cérébral, et dépassé la seule jouissance pulsionnelle née d’une pratique artistique ordinaire.
[1] D.W. Winnicott, Jeu et réalité, L’espace potentiel, Malesherbes, Folio Essais, 2018; François Ansermet, Pierre Magistretti, À chacun son cerveau, plasticité neuronale et inconscient,Odile Jacob, 2004; sous la direction de Frédéric Vinot, Jean-Michel Vivès, Les Médiations thérapeutiques par l’Art, Le Réel en Jeu, éd. Erès, 2014; Pierre Lemarquis, Portrait du Cerveau En Artiste, Ed. Odile Jacob, 2012; Pierre Lemarquis et Boris Cyrulnik, L’Art qui guérit », Ed. Yazan, 2020; Pierre Lemarquis, « Les Pouvoirs de la Musique sur le cerveau des enfants et des adultes », Ed. Odile Jacob, 2021; Emmanuel Bigand (sous la direction de), « Les Bienfaits de la Musique sur le Cerveau », Ed. Belin, 2018.
[2] Master Sciences du Langage 2012/DU Médiations artistiques thérapeutiques, 2020
[3] Fondation Art Thérapie, Genève; https://www.art-therapie.online/blog/art-therapie-neurosciences-creativite
[4] Les Productions Recto Verso, Québec.
